Les origines de la RDA
Après la chute du Troisième Reich, en 1945, une certaine espérance s’est développée au sein du peuple allemand pour un monde nouveau. Le capitalisme avait apporté la Seconde guerre mondiale, le nazisme et les atrocités sans commune mesure qui vont avec. Le slogan des survivants de Buchenwald était alors « Jamais plus la guerre, jamais plus le fascisme ». Ils souhaitaient bâtir un monde meilleur, libre, pacifique et dénué d’idée de profit. Bien que méconnue en France, la résistance intérieure allemande au régime hitlérien fut un phénomène d’importance notamment avec la constitution de l’orchestre rouge par le Parti Communiste d’Allemagne (KPD). A travers toute l’Allemagne on dénombrait des dizaines de milliers de personnes engagées dans les Comités Antifascistes. Rien qu’à Chemnitz on pouvait compter 1300 membres dans le Front Antifasciste. Ces comités, dont les noyaux étaient composés de communistes (KPD), de sociaux-démocrates (SPD) et de syndicalistes, ont organisés par en bas la vie quotidienne, remis sur pied les usines et pris le contrôle des administrations locales ainsi que des entreprises débarrassées de leurs anciens dirigeants nazis.
La demande pour une véritable démocratisation du système économique était très présente, tout comme l’espoir d’une société socialiste. Cela a amené des milliers d’artistes et d’intellectuels à revenir d’exil et à s’installer à l’est pour contribuer à l’émergence d’une Allemagne socialiste. Parmi eux Bertolt Brecht fut l’un des plus célèbres à s’engager dans ce sens.
Cependant les projets de Staline étaient bien différents. A la base il n’était même pas prévu de transposer système soviétique en Allemagne. Au contraire Staline souhaitait la création d’une Allemagne unifiée, démilitarisée et diplomatiquement neutre qui soit une démocratie bourgeoise participant à la reconstruction de l’URSS. Cependant les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, opposés à une politique commune de l’Allemagne, firent le choix de constituer la République Fédérale Allemande (RFA) le 23 mai 1949 sur leur zone d’occupation afin d’endiguer la puissance soviétique. L’URSS fait donc le choix de fonder la République Démocratique Allemande (RDA) le 7 octobre 1949 sur sa zone d’occupation, amputée des territoires à l’est de l’Oder qui ont été intégrés à la Pologne.
Dans le même temps l’URSS a fortement encouragé le rapprochement entre le KPD et le SPD, ce qui a amené le 21 avril 1946 à la fusion des deux partis dans la zone soviétique et la naissance du Parti d’Unification Socialiste d’Allemagne (SED). Moscou espérait que cette fusion se réalise aussi dans les zones d’occupation occidentales mais sans succès. Beaucoup de militants des deux partis n’étaient pas favorables à ce processus qui était aussi un compromis entre les bureaucraties. Les militants ouvriers, à l’image d’Oskar Hippe qui fut un grand résistant antifasciste, qui prônaient une construction démocratique du socialisme ont rapidement été exclus du SED. Hippe a même été condamné à 25 ans de camp de travail. C’est près de 10 000 personnes qui furent exclues du SED entre 1948 et 1954 qui est alors définitivement devenu le cœur de la machine étatique est-allemande.






