La réunification allemande et le passage au néolibéralisme
Il y avait un réel fossé entre un bon nombre de groupes d’opposition et les manifestants. La plupart de ces groupes souhaitait une réforme de la RDA, voulait négocier dans son cadre. Au même nomment la revendication pour une Allemagne unifiée se faisait de plus en plus présente dans les manifestations. La majeure partie des manifestants ne montrait une attache particulière pour l’Etat est-allemand et souhaitaient voir terminé la division de leur pays par les impérialismes américains et soviétiques.
La poursuite de la crise économique en RDA a rendu de plus en plus pragmatique la nécessité de la réunification. La bourgeoisie ouest-allemande y voyait de son côté une opportunité d’étendre la puissance de la RFA. C’est cela même qui effraya François Mitterrand et Margaret Thatcher opposés à une réunification de peur de l’émergence d’une Allemagne trop puissante. Depuis la crise des années 70 plusieurs dirigeants du bloc soviétiques furent convaincus du besoin de passer du système de capitalisme d’Etat au capitalisme libéral. Seuls les vieux caciques des régimes de l’est étaient persuadés de devoir maintenir les choses en l’état. C’est pourquoi Honecker a été lâché par Gorbatchev.
La bourgeoisie est-allemande a vu l’opportunité de faire des est-allemands une main d’œuvre à bas coup concurrençant les ouest-allemands et pouvant faire pression sur les salaires conditions de travail de ces derniers. Les dirigeants est-allemands s’étaient mis d’accord avec les patrons ouest-allemands pour organiser l’implantation de firmes comme Siemens et Volkswagen. Egon Krenz et ses acolytes ne sentaient plus capables de maintenir la RDA en pratiquant des baisses de salaires, la dégradation des conditions de travail et la destruction des acquis sociaux alors que les revendications de la rue allaient dans le sens contraire. La RDA, alors terriblement affaiblie, risquait d’être balayé par une révolution et avec elle ses dirigeants. La réunification pouvait fournir le cadre d’un Etat puissant à même de mener des politiques anti-sociales. Ce fut d’abord l’idée d’une union économique qui émergea mais elle fut rapidement dépassée par l’idée de réunification totale. Le Kremlin donna d’ailleurs son feu vert en ce mois de janvier 1990 en échange d’un engagement des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la France et de la RFA à ne pas étendre l’OTAN à l’est. Engagement qui n’aura pas été de très longue durée…
En février les manifestations diminuèrent et les partis politiques ouest-allemands en profitèrent pour organiser des meetings à l’est. Les élections qui se tinrent en mars donnèrent la victoire à la CDU d’Helmut Kohl notamment sous la promesse fallacieuse de faire profiter à tous de la croissance l’économie libéralisée. Les groupes d’oppositions civiques ont réalisé de très faibles scores avec environ 5% des voix. Cela est du à leur décalage avec le gros du mouvement, leur manque de racines populaires et aussi le fait qu’il s’étaient posés en interlocuteurs du régime n’étant pas prêt à le combattre jusqu’au bout laissant un vide pour la direction du mouvement. Les partis ouest-allemands, CDU en tête, ont saisi cette fenêtre pour se renforcer.
Dans cette période les dirigeants staliniens ont adoptés diverses postures afin de conserver les fondements de leur pouvoir ou d’en créer de nouveaux. Certains ont négocié leur intégration dans les nouveaux régimes, d’autres ont utilisés à leur profit les fonds d’entreprises d’Etats et d’autres sont entrés en collusion avec la mafia comme en Russie. Ainsi il n’y a pas eu de réel changement des élites dirigeantes. Un certain nombre de cadres du SED sont tout simplement passés à la CDU ou au SPD. Les cadres dirigeants de la RDA ont usé de leur position et de leurs connaissances pour bénéficier des privatisations des entreprises étatiques.






