En réalité, l'explication conjoncturelle de la crise est largement insuffisante pour expliquer comment et surtout pourquoi l'économie ralentie. Car si on entend toujours parler de « croissance faible », de récession, d'où cela vient-il ? La population mondiale ne cesse de croitre, les entreprises engrangent des profits toujours plus fort d'année en année.
« Krach boursier, crise financière, ralentissement économique, inflation : les sombres débuts de l'année 2008 feraient presque oublier que 2007 a marqué un nouveau record - sans doute la fin d'un âge d'or ? - en matière de profits pour les entreprises du CAC 40. Car, malgré le sentiment d'une fin d'année ratée, l'exercice écoulé restera comme un millésime exceptionnel qui se résume en un chiffre : 99,1 milliards d'euros. C'est le total des bénéfices qu'auront engrangés en 2007 les 40 entreprises composant l'indice de référence parisien (*). Le record de 2006 - 96,2 milliards d'euros - est donc dépassé. »5
Mais le capitalisme, puisqu'il est basé sur la concurrence, il repose sur une contradiction : pour que les bénéfices augmentent, les capitalistes doivent investirent toujours d'avantage dans leurs entreprises afin d'être plus concurrentiels que ces concurrents. Et voilà pourquoi le capitalisme génère ses propres crises :
Si le capitaliste veut moderniser ou restructurer sa (ou ses) entreprises, il doit devenir acquéreur d'une plus grande quantité de « moyens de production »-des outils, des machines, etc. Pour cela, le capitaliste doit augmenter son investissement nécessaire pour les acheter. Donc celui-ci grandira aussi plus rapidement que l'investissement dans la main-d'oeuvre. Pour utiliser la terminologie de Marx, « le capital constant » augmente plus rapidement que « le capital variable ». La croissance de cette proportion, qu'il appelle la « composition organique de capital », est un corollaire logique de l'accumulation du capital.
Il reste que la seule source de valeur pour le système dans son ensemble est le travail. Si l'investissement croît plus rapidement que la main-d'œuvre, il doit aussi augmenter plus rapidement que la valeur créée par les ouvriers à l’origine des bénéfices. Bref, l'investissement en capital grandit plus rapidement que la source de profit. En conséquence, il y aura une pression à la baisse du ratio des bénéfices sur l'investissement - « le taux de profit ».6
« Il y a un accord général pour dire que les taux de profit ont chuté de la fin des années 1960 jusqu'au début des années 1980. Il y a aussi un accord sur le fait que les taux de profit se sont partiellement rétablis après le début des années 1980, mais avec des interruptions à la fin des années 1980 et la fin des années 1990. Il y a aussi un important accord selon lequel la chute allant du milieu des années 1970 au début des années 1980 n'était pas le résultat des augmentations de salaire, puisque c'était une période au cours de laquelle les salaires réels américains ont commencé un déclin qui n’a été que partiellement inversé à la fin des années 1990.
Michl7,Moseley, Shaikh et Tonak et Wolff8 concluent tous que l’augmentation du ratio du capital sur le travail était un élément dans la réduction des taux de profit. [...] Les investissements « intensifs en capital » par des capitalistes visant à augmenter leur compétitivité individuelle et leur rentabilité ont eu pour effet de causer la baisse de la rentabilité dans l’ensemble de l'économie. La théorie de base de Marx est validée. »

Schéma 1 : Le taux de profit américain prenant en compte (trait plein) et sans (pointillé) l'impact des relations financières9

Schéma 2 : Taux de profit nets industriels aux USA, en Allemagne et au Japon10






