Un désir de comprendre
L'éclatement de la bulle spéculative des subprimes a réveillé chez les militants le désir de comprendre les mécanismes économiques qui régissent le capitalisme. Karl Marx fut le premier à comprendre et à expliquer que les crises économiques étaient la conséquence du mode de production capitaliste. Pour se développer le système réclame toujours davantage de travail humain alors qu'en contrepartie les fruits de la production deviennent de plus en plus inaccessibles aux travailleurs. La crise alimentaire en Égypte, Éthiopie ou la violente inflation qui touche les pays « riches » ne sont que des illustrations des contradictions du capitalisme. Les travailleurs doivent produire toujours plus pour les banquiers, les actionnaires et les patrons, et touchent des salaires toujours plus bas pour permettre aux capitalistes nationaux de rester dans la course à la concurrence internationale.
État des lieux :
La confiance des investisseurs envers les marchés financiers est profondément affaiblie à la suite de la crise de l'été dernier et par ses répercussions en Europe. Cette crise révèle les mécanismes d'un capitalisme financier du 21ème siècle à bout de souffle. D'abord l'interdépendance des économies américaines, européennes et japonaises, a généré un effet domino entre la crise américaine et les autres zones économiques de la planète. Les ministres des finances des sept pays les plus industrialisés du monde (G7), reconnaissent que l'environnement économique est « difficile et incertain » . Les pertes sur les marchés en janvier 2008 ont atteint, selon Standard and Poor's, 5 200 milliards de dollars. Lors de la crise de 1929, en 22 jours, « l'indice boursier de New York a perdu 40% de sa valeur ». En 2008, "La Bourse de Paris a dégringolé de plus de 30% depuis le début de l'année, effaçant presque deux ans et demi de gains sous l'effet conjugué de la crise financière, des craintes de récession américaine et de la déconfiture du dollar".
Pas de crise pour la France ?
Aujourd'hui, on nous parle de récession économique à l'échelle mondiale mais pas pour la France. Comme avec le nuage de Tchernobyl, la récession devrait ravager l'Europe mais ne devrait pas toucher la France. D'ailleurs Fillon le dit : « Je parle de ralentissement, et pas de récession ». « L'année 2008 sera une année de croissance positive et pour ma part, je ne considère pas qu'il soit raisonnable de parler de récession »1. Fidèle à leur conviction les hommes politiques néolibéraux préconisent d'attaquer les travailleurs pour leur faire payer la crise. « Travailler plus pour gagner moins » tel est le créneau du gouvernement depuis son arrivée au pouvoir. En Janvier 2008, Christine Lagarde, qui déclarait alors que la crise ne toucherait pas la France, donnait sa recette pour sortir de la crise. «En économie, il n'y a pas de miracle. Il faut travailler. Les fondamentaux des entreprises sont bons et cela importe plus que la bourse. La capacité de travail des Français existe, on a des ressources. Il faut libérer la croissance. On avance déjà dans cette direction.»
Selon Marx
Alors que pendant des milliers d'années, les sociétés humaines ont cherché des solutions à l'insuffisante de la production qui engendrait famines et disettes, la société capitaliste elle, marche sur la tête. La raison première de la crise actuelle est la surproduction. La caractéristique essentielle du monde actuel c'est l'hyperproduction à une échelle que l'humanité n'avait jamais connu auparavant. Selon un rapport de la FAO de février 2008, nous produisons 120% des besoins alimentaires mondiaux. Plutôt que d'apporter l'abondance, le capitalisme apporte la guerre, la destruction, la misère et la mort partout sur la planète.
La surproduction
La crise des subprimes est le résultat de la surproduction immobilière. En effet, des milliards de $ ont été investit dans ce marché très lucratif jusqu'au moment où le nombre de maisons bâties aux États-Unis dépassa largement le nombre de maisons pouvant être vendues sur le marché. Les prix de l'immobilier s'effondrèrent brutalement, ruinant des milliers de foyers. A partir de l'été dernier, les organismes qui faisait d'énormes bénéfices grâce à la spéculation immobilière se sont retrouvés bardés de dette. Les cours des banques propriétaires des prêts des ménages incapables de rembourser leur hypothèque se retrouvèrent avec d'énormes dettes que seul l'État pouvait renflouer.
Aujourd'hui la grande controverse entre économistes ne porte pas sur le diagnostique de la crise immobilière mais sur la nature du marché international. En effet, les économistes libéraux (ou « monétariste ») avancent l'idée selon laquelle si le marché de l'immobilier est saturé, ce n'est pas le cas du reste du marché. Christian de Boissieu, le conseiller économique du Premier Ministre français, Président délégué du Conseil d'analyse économique, déclarait en mars dernier « en 2008 nous ne sommes pas en face d'une crise financière comme en 1929. La crise est immobilière et bancaire avant tout, mais peu financière au sens où les marchés d'actions ne craquent pas. [...] Ces derniers mois, nous avons vécu une correction boursière. Elle ne s'est pas transformée en krach. »2
Les économistes keynésiens, beaucoup plus réalistes, avancent l'idée que la période d'expansion anarchique de la production arrive à son terme et qu'il s'agit de mieux encadrer la finance et le commerce pour empêcher le capitalisme de sombrer. Christian Chavagneux, rédacteur en chef du magazine Alternative Economique, exposait les idées keynésiennes en reprenant à son compte les propos de l'économiste Michel Aglietta qui « a baptisé récemment de "brochettes de ministres et de hauts fonctionnaires, forts contents de la manière dont ils ont démantelé les réglementations qui avaient reconstruit la finance après le naufrage des années 30". Pourtant, comme le souligne Aglietta, « la libéralisation financière a montré d'une crise à l'autre son incapacité à s'autoréguler ». Et de conclure que face aux déséquilibres récurrents de la finance et à leurs effets délétères sur la croissance mondiale, « il va bien falloir revenir sur le postulat du retrait des Etats, de la régulation minimale et de la croyance dans la discipline de marché »3.
« la première caractéristique ouvre à elle seule la possibilité formelle des crises. Aucune entreprise n'est a priori assurée de vendre sa production : chaque vente est un saut périlleux. Mais une entreprise qui ne vend plus ne peut plus acheter, ni moyen de production, ni force de travail. Les salariés mis au chômage cessent eux-même de pourvoir acheter. Ainsi, tout désajustement entre production et circulation marchande peut déboucher, en spirale dépressive, vers une crise générale. »
Prenons le cas maintenant d'une grosse entreprise, ou d'une grande banque qui n'arriverait plus à vendre ses produits financiers à cause de la crise. Elle se retrouve alors, à la fois dans l'incapacité de fournir de l'argent à ses clients (sous formes de prêts, ou de billets) et est obligée de faire pression sur ces clients pour qu'ils remboursent ce qu'il lui doivent. Si cette banque fait faillite, tous les comptes des clients (entreprises et salariés) sont vidés. La banque en faillite est forcée de revendre ses actions à très bas prix sur les marchés financiers alors que la confiance en la valeur de la bourse est déjà atteinte. Le système s'effondre comme un château de carte si l'État n'intervient pas rapidement pour renflouer les caisses des banques.
C'est précisément ce qui s'est passé au cours des derniers mois. Aux Etats-Unis avec la Bear Stearns, soutenue par la FED. En Europe, les scandales financiers, la chute des cours boursiers et les faillites de banque se multiplient, conséquences directes de la crise américaine du crédit hypothécaire (subprimes). La banque britannique Nothern Rock enregistre selon le rapport de l'INSEE britannique, publié le 7 février 2008 104.9 milliards de £ (soit 140 milliards d'euros) de dette nette suite à la crise des subprimes. Les banques allemandes IKB et Sachsen LB ont frôlé la faillite cet été.
Au delà des faillites à proprement parler, les plus grandes banques du monde ont perdu des milliards dans la crise financière américaine. En France, le Crédit Agricole a annonce avoir perdu 857 Millions d'Euros au dernier trimestre 2007. Enfin, on apprenait, le 24 janvier 2008 du président de la Société Générale une perte de 7,1 milliards d'euros, dont 4,9 milliards d'euros relatifs à une perte de trading, soit la plus grande perte jamais constatée dans l'histoire bancaire. Les cours des actions des principales banques mondiales ont gravement chutée :
Dépréciations d'actifs liées à la crise des subprimes à la fin du 1er trimestre 2008, en milliard de dollars4
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Les 10 plus grandes perdantes
Citigroup
40,9
UBS
38,0
Merrill Lynch
31,7
Bank of America
14,8
RBS
14,8
Morgan Stanley
12,6
HSBC
12,5
JP Morgan Chase
9,8
Crédit Suisse
9,6
IKB Deutsche
9,0
Les banques françaises s'en sortent moins mal
Crédit Agricole
6,5
Société Générale
3,8
Fortis
2,3
Natixis
1,9
BNP Paribas
1,6
Caisse d'Epargne
1,2
La baisse tendancielle du taux de profit
En réalité, l'explication conjoncturelle de la crise est largement insuffisante pour expliquer comment et surtout pourquoi l'économie ralentie. Car si on entend toujours parler de « croissance faible », de récession, d'où cela vient-il ? La population mondiale ne cesse de croitre, les entreprises engrangent des profits toujours plus fort d'année en année.
« Krach boursier, crise financière, ralentissement économique, inflation : les sombres débuts de l'année 2008 feraient presque oublier que 2007 a marqué un nouveau record - sans doute la fin d'un âge d'or ? - en matière de profits pour les entreprises du CAC 40. Car, malgré le sentiment d'une fin d'année ratée, l'exercice écoulé restera comme un millésime exceptionnel qui se résume en un chiffre : 99,1 milliards d'euros. C'est le total des bénéfices qu'auront engrangés en 2007 les 40 entreprises composant l'indice de référence parisien (*). Le record de 2006 - 96,2 milliards d'euros - est donc dépassé. »5
Mais le capitalisme, puisqu'il est basé sur la concurrence, il repose sur une contradiction : pour que les bénéfices augmentent, les capitalistes doivent investirent toujours d'avantage dans leurs entreprises afin d'être plus concurrentiels que ces concurrents. Et voilà pourquoi le capitalisme génère ses propres crises :
Si le capitaliste veut moderniser ou restructurer sa (ou ses) entreprises, il doit devenir acquéreur d'une plus grande quantité de « moyens de production »-des outils, des machines, etc. Pour cela, le capitaliste doit augmenter son investissement nécessaire pour les acheter. Donc celui-ci grandira aussi plus rapidement que l'investissement dans la main-d'oeuvre. Pour utiliser la terminologie de Marx, « le capital constant » augmente plus rapidement que « le capital variable ». La croissance de cette proportion, qu'il appelle la « composition organique de capital », est un corollaire logique de l'accumulation du capital.
Il reste que la seule source de valeur pour le système dans son ensemble est le travail. Si l'investissement croît plus rapidement que la main-d'œuvre, il doit aussi augmenter plus rapidement que la valeur créée par les ouvriers à l’origine des bénéfices. Bref, l'investissement en capital grandit plus rapidement que la source de profit. En conséquence, il y aura une pression à la baisse du ratio des bénéfices sur l'investissement - « le taux de profit ».6
« Il y a un accord général pour dire que les taux de profit ont chuté de la fin des années 1960 jusqu'au début des années 1980. Il y a aussi un accord sur le fait que les taux de profit se sont partiellement rétablis après le début des années 1980, mais avec des interruptions à la fin des années 1980 et la fin des années 1990. Il y a aussi un important accord selon lequel la chute allant du milieu des années 1970 au début des années 1980 n'était pas le résultat des augmentations de salaire, puisque c'était une période au cours de laquelle les salaires réels américains ont commencé un déclin qui n’a été que partiellement inversé à la fin des années 1990.
Michl7,Moseley, Shaikh et Tonak et Wolff8 concluent tous que l’augmentation du ratio du capital sur le travail était un élément dans la réduction des taux de profit. [...] Les investissements « intensifs en capital » par des capitalistes visant à augmenter leur compétitivité individuelle et leur rentabilité ont eu pour effet de causer la baisse de la rentabilité dans l’ensemble de l'économie. La théorie de base de Marx est validée. »

Schéma 1 : Le taux de profit américain prenant en compte (trait plein) et sans (pointillé) l'impact des relations financières9

Schéma 2 : Taux de profit nets industriels aux USA, en Allemagne et au Japon10
La tendance impériale de la crise monopoliste
Dans ce contexte de durcissement économique où un à un tous les marchés se retrouvent saturés, la rivalité économique entre multinationales se transforme de plus en plus en rivalité entre super-puissances étatiques. « Marx n'est « dépassé » que d'un seul point de vue : sa description sous-estime la puissance destructrice du système. Les capitalistes ne se contentent pas de batailler sur le marché. Ils utilisent aussi leurs États pour forcer leurs rivaux à accepter leurs conditions, remplaçant la compétition économique par des démonstrations de force militaires répétées. »11 La Russie utilisant son armée en Géorgie, a détruit le gazoduc occidental dans le pays. Cette méthode avait déjà été expérimentée 5 ans plus tôt en Irak par G.W. Bush pour mettre la main sur les réserves de pétrole.
Lorsque tous les marchés économiques des voisins ont été dévorés et que les marchés nationaux sont saturés, la seule « libre concurrence » ne suffit plus. Il s'agit de détruire le voisin avant que lui ne le fasse. « Le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l'orage ».12
Voici comment en 1919, Boukharine et Preobrajensky décrivaient dans le manuel de la III Internationale, l'ABC du Communisme, comment les crises du capitalisme menaient à l'impérialisme :
« la société capitaliste est très mal construite. La propriété privée y règne, sans aucun plan général. Chaque fabricant dirige son entreprise indépendamment des autres. Au contraire, il dispute aux autres l’acheteur : il est en « concurrence » avec eux.
Cette lutte s’affaiblit-elle ou s’accroît-elle avec le développement du capitalisme ? A première vue, il peut sembler qu’elle s’affaiblit. En effet, le nombre des capitalistes diminue sans cesse; les gros mangent les petits; autrefois, c’était par dizaines de mille que luttaient entre eux les entrepreneurs, la concurrence était féroce; aujourd’hui les rivaux étant bien moins nombreux, la lutte devrait être moins acharnée, pourrait-on croire. En réalité, il n’en est rien. C’est exactement le contraire qui est vrai. Les rivaux, certes, sont moins nombreux, mais chacun d’eux est devenu plus gros et plus puissant. Et leur lutte est devenue non pas moindre, mais plus grande, non pas plus calme, mais plus acharnée. Que, dans chaque pays, il n’y ait plus qu’une poignée de capitalistes, et la lutte entre ces pays capitalistes éclatera. Nous en sommes arrivés finalement là. La rivalité a lieu actuellement entre d’énormes associations de capitalistes, entre leurs États. Et ils ne luttent pas seulement à coups de baisse de prix, mais aussi avec la force armée. La concurrence, au fur et à mesure du développement du capitalisme, ne diminue que le nombre des rivaux, mais elle devient toujours plus acharnée et plus destructrice !. »
Grandes crises, petites idées et grands intellectuels ?!
Face à l'effondrement du capitalisme, les penseurs à gauche s'activent pour expliquer, analyser et proposer des solutions à la crise économique. Voyons tour à tour les propositions des organisation réformistes.
Lors du deuxième «Forum de la rénovation» du Parti Socialiste.
« Le premier secrétaire François Hollande s’est voulu clair : les socialistes «reconnaissent l’économie de marché», forme «la plus efficace» de création de richesses, ce qui ne les empêche pas d’être «critiques à l’égard du capitalisme».
«Nous combattons le libéralisme», a-t-il réaffirmé [...]. Selon lui, «les socialistes ont toujours agi en économie de marché» et «ils l’ont plutôt bien gérée» quand ils étaient au pouvoir. Le premier secrétaire a d’autre part estimé que la priorité devait être donnée, dans la stratégie de croissance, à «redresser la compétitivité des entreprises», ce qui ne signifie «pas l’abandon de la politique de la demande».13
Le 31 juillet, reprochant à Nicolas Sarkozy de rester « bras ballant » face à la crise, François Hollande préconisait « un plan de relance en France, comme c'est le cas aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou en Espagne. »14 Sur RMC, le 17/12/2007, il déclarait au sujet de « l'économie de marché » : « nous avons gouverné la France, plutôt bien d’ailleurs, plus de croissance qu’aujourd’hui, nous avions aussi élargi même la sphère du marché sur certains points notamment tout ce qui était la banque, la finance. Ce n’est donc pas une surprise de la part des socialistes. Où vous avez raison, c’est que nous l’avions fait mais nous ne l’avions pas dit et maintenant nous le disons : L’économie de marché doit être reconnue pour ce qu’elle est, une source de création de richesses mais aussi le capitalisme produit des inégalités et c’est à nous de faire en sorte que par une régulation, par une intervention de l’Etat, nous puissions corriger les excès du capitalisme. »
Le PS propose un plan de relance calqué sur les États-Unis.
« R.H. Tawney, un réformiste britannique, a dit, dans un de ses moments de radicalisme, « on peut éplucher un oignon couche par couche, mais on ne peut pas dépecer un tigre griffe par griffe ». Lorsqu'ils parlent de « mondialisation », les réformistes d'aujourd'hui ne font que reconnaître que le système est un tigre et non un paisible légume attendant l'épluchage parlementaire comme le suggéraient leurs prédécesseurs il y a 40 ans. Pourtant, bien qu'ils le considèrent comme un tigre, la conclusion des réformistes aujourd'hui est de laisser courir le fauve en liberté. Ce n'est pas une conclusion raisonnable pour ceux qui ne veulent pas être dévorés vivants. »15 Le Parti Socialiste tente de faire croire aux travailleurs qu'ils n'y sont pour rien dans les attaques libérales. Pour ne pas se couper de son électorat, le Parti Socialiste surfe sur la vague de mécontentement contre Sarkozy mais ne propose rien de fondamentalement plus à gauche.
Selon le rapport de la Commission Économie-Sociale-Finance du PCF de 2005, « La France et l’Europe doivent contribuer à une transformation des rapports monétaires et financiers internationaux. » [...] « A cet effet, on recourrait à des aides publiques européennes conditionnant des crédits qui favoriseraient l’essor des productions nationales [...] impliquant une profonde réorientation de la BCE et une autre utilisation de l’euro.
Mais cela viserait aussi une autre utilisation des réserves des banques centrales des pays européens et émergents, faisant reculer le rôle du dollar et le drainage des capitaux pour les bons du Trésor des États-Unis. Cela permettrait de commencer à rendre l’évolution du taux de change de l’euro plus indépendante des mouvements de marché du dollar et des décisions de la Réserve fédérale des États-Unis.
Simultanément, il s’agirait de construire une coopération monétaire nouvelle et un autre système mondial avec un Fonds monétaire international (FMI) émancipé de la domination du dollar. On viserait ainsi à promouvoir une monnaie commune mondiale de coopération. » Une monnaie commune mais centrée autour de l'euro, et contre le dollar. Et qu'en pensent les travailleurs de Général Motors ou de Boeing ?
Denis Durand, « Il s’agirait d’abord de réprimer l’inflation financière en stimulant, du même mouvement, une relance de l’activité fondée sur la sécurisation de l’emploi et de la formation à l’échelle du monde entier, et sur un développement tout à fait nouveau des services publics. Il s’agirait donc, depuis les entreprises et les régions jusqu’à l’échelle du monde, en passant par les niveaux national et européen, de conquérir de nouveaux pouvoirs démocratiques afin de maîtriser les moyens (financiers, juridiques, politiques…) d’atteindre des objectifs sociaux répondant aux exigences du développement de tous les êtres humains, telles qu’elles se manifestent au stade actuel de développement de la civilisation. »16
A travers une dépêche de l'AFP, du Mardi 19 août, on pouvait découvrir les propositions du PCF au sujet de la crise économique : « Pour éviter "une récession", le parti de Marie-George Buffet préconise "deux mesures urgentes: une réforme de la fiscalité qui, à l'opposé du paquet fiscal, permette une redistribution de l'argent, et l'augmentation des salaires comme priorité économique absolue" ».
Le programme économique du PCF, c'est d'abord le protectionnisme européen et taxer les riches pour favoriser la production nationale en développant des services publics forts. En réalité, le protectionnisme est un des traits de la crise actuelle et il ne s'agit pas du tout d'une idée de gauche. « Dans un contexte de doute quant aux vertus de la libéralisation financière et de méfiance vis-à-vis des capitaux des pays émergents, va-t-on assister à la montée d'un protectionnisme financier qui pourrait remettre en cause la mondialisation des mouvements de capitaux ? Le fait même que ce scénario soit désormais évoqué est un signe que l'expansion planétaire de la finance n'apparaît plus comme une priorité politique absolue. »
« Aux Etats-Unis, en Allemagne, en France, et même à la Commission européenne, on entend de plus en plus le bruit du protectionnisme financier, en particulier à l’encontre des fonds d’investissement d’Etat des pays émergents, Chine en tête. Au-delà, la part des changements de réglementation nationale instaurant plus de protectionnisme envers les investisseurs étrangers progresse vite : elle est passée de 4,9% en 2002 à 20,1% en 2006. Le spectre de guerres financières, [...] se profile. ». La gauche se charge de colporter les idées des banquiers de la Commission européenne.
Pour les intellectuels d'ATTAC, les propositions, les plus ambitieuses sont à l'ordre de la discussion :
Frédéric Lordon économiste français, directeur de recherches au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne (CSE) et qui écrit souvent dans le Monde Diplomatique préconise « d'encadrer la finance ». En bon économiste keynésien, il préconise de taxer les profits au-delà d'un certain seuil de rentabilité pour aider à financer l'investissement productif. Ce que ATTAC et les réformistes radicaux préconisent c'est « Une mesure contre la démesure de la finance ».
Le plus réaliste : Lucien Degoy, Professeur d’économie financière à l’université Paris Nord, président du conseil scientifique d’ATTAC répondant à interview de Lucien Degoy pour le journal l'Humanité, du 16 juillet 2008 déclarait : « On peut envisager plusieurs pistes qui toutes devraient se donner pour objectif de contrecarrer la logique financière dominante. Par exemple en matière de refinancement, faire en sorte que les banques centrales ne reprennent pas toutes les créances indistinctement, ce qui revient à encourager la spéculation, mais s’y prennent sélectivement en favorisant les crédits au système productif et en infligeant de lourdes pénalités à tout ce qui relève du champ spéculatif. De même, en matière de réglementation des contrôles bancaires, de normes comptables internationales, il serait nécessaire d’engager un véritable aggiornamento des politiques en place en vue de maîtriser cette spéculation. Mais bien entendu, le fond du problème reste le partage des richesses qui s’est déformé au fil des ans en faveur des profits et au détriment des revenus du travail. Pour assainir l’économie, enrayer la logique spéculative, il n’y a pas d’autre solution que de redonner du pouvoir d’achat aux salaires et de réduire la masse des profits. »17
A gauche du PS, le mot d'ordre est le retour du contrôle de l'État-nation sur la finance. Les idées de régulation de l'économie reprennent du poil de la bête, mais préconisent les même recettes que dans les années 30 et par la même le contrôle du commerce et donc le protectionnisme. Pourtant « la nature internationale du capitalisme empêchera toujours un gouvernement national, quelque soit son radicalisme de ses dirigeants, quel que soit le soutien que lui apporte la grande masse des gens, de briser complètement la pression qu'exerce le système. [...] Il y a 70 ans, Trotsky répéta cet argument contre Staline, insistant sur le fait que « le socialisme dans un seul pays » était une « utopie réactionnaire » puisque toute tentative de reconstruire une société dans son intégralité sans accès aux richesses existant dans le système mondial était vouée à l'échec. »18
La crise démontre la nécessité d'une révolution socialiste
La crise actuelle montre l'une des caractéristiques essentielles du capitalisme : le système est cannibal. Les entreprises qui survivent à un krach rachètent leurs concurrents à très bas prix. Ce fut le cas, lorsque le 16 mars dernier, JP Morgan Chase Bank racheta la Bear Stearns pour 2$ l'action alors qu'elle valait 130$ en octobre 2007 et plus de 60$ le 12 mars ! Le 24 mars, grâce une aide de la FED, JP Morgan proposa une nouvelle offre à 10 $ l'action. Cette tendance à la concentration des capitaux en temps de crise est une donnée centrale du capitalisme.
Voyons comment les bolchéviks abordaient la question. Boukharine et Preobrajensky, dans l'ABC du Communisme décrivaient ainsi le mécanisme de la crise du capitalisme.
« Le capitalisme, ainsi que nous l’avons vu, creuse lui-même sa propre tombe, parce qu’il engendre ses propres fossoyeurs : les prolétaires; plus il se développe, plus il multiplie le nombre de ses ennemis mortels, et plus il les réunit contre lui-même. Mais il prépare également le terrain pour une nouvelle organisation économique, fraternelle et communiste. »
« Nous avons vu également qu’au fur et à mesure du développement capitaliste, petite et moyenne production sont anéanties; les industriels et les commerçants, petits et moyens, sont ruinés, sans parler des artisans : tous sont dévorés par le gros capital.[...] Cette concentration du capital, autrefois dispersé, s’appelle la centralisation du capital. »
« le capitaliste transforme alors la production, l’élargit et agrandit les fabriques elles-mêmes. Il n’y a plus seulement accroissement du capital, mais aussi de la production elle-même. La production devient énorme, emploie quantité de machines, réunit des milliers d’ouvriers. Il arrive qu’une douzaine de très grandes fabriques satisfasse aux besoins de tout un pays. Dans ce cas, les ouvriers produisent pour toute la société, le travail, comme on dit, est socialisé. Mais la direction et le profit appartiennent au capitaliste.
Cette centralisation et cette concentration de la production rendent également possible une production véritablement fraternelle, mais seulement après la Révolution prolétarienne. En effet, si cette concentration de la production n’existait pas et si le prolétariat prenait le pouvoir alors que la production est dispersée entre des centaines de milliers de tout petits ateliers où ne travaillent que deux ou trois ouvriers, il serait impossible d’organiser ces ateliers sur une base sociale. Plus le capitalisme est développé, plus la production est centralisée, et plus il est facile au prolétariat, après sa victoire, de diriger la production.
Donc, non seulement le capitalisme engendre ses ennemis et mène à la Révolution communiste, mais encore il crée la base économique pour la réalisation du régime communiste. »
Deux options s'offrent à la classe ouvrière en temps de crise : l'abandon et le désespoir, face au chômage et à la misère ou la lutte la plus opiniâtre et la plus déterminée contre les capitalistes pour la victoires de la classe ouvrière. Les capitaliste ne se laisseront pas taxer, ou arracher leur fortune sans s'organiser et nous envoyer leur police ou les militaires. Seul une révolution socialiste peut sauver l'humanité de la barbarie guerrière que va entraîner la crise.
Notes :
1 Propos de François Fillon recueillis par Reuters, lors de la conférence de presse du 18 août 2008.
2 Des marchés incontrôlés, interview de Christian de Boissieu, président délégué du Conseil d'analyse économique, réalisée par Daniel Fortin pour le magazine Challenges N°114 du 6 au 12 mars 2008.
3 Christian Chavagneux, Comment gérer la crise ?, Alternative Economique N°268.
4 Il s'agit de la reproduction du tableau paru dans Alternative Economique, N°271, p.42
5 Gaël Vautrin, Les bénéfices du CAC frôlent les 100 milliards d'euros, La Tribune du 12/03/08.
6 Chris Harman, Le taux de profit et le monde aujourd'hui, International Socialism, n°115, été 2007.
7 Thomas R Michl, 1988, Why Is the Rate of Profit Still Falling?, The Jerome Levy Economics Institute Working Paper numéro 7 (Septembre 1988).
8 Edwin N Wolff, 2003, What’s Behind the Rise in Profitability in the US in the 1980s and 1990s ?, Cambridge Journal of Economics, volume 27, numéro 4.
9 Gérard Duménil et Dominique Lévy, 2005, The Real and Financial Components of Profitability, p.11.
10 Robert Brenner, 2006, The Economics of Global Turbulence (Verso), p. 7.
11 Chris Harman, La Folie du marché, l'Etincelle, Paris, 2000, p.79.
12 Jean Jaurès.
13 Le PS admet «l’efficacité» de l’économie de marché, Le Figaro du 15/12/2007
14 Hollande réclame un plan de relance, Challenges, 31/07/2008.
15 Chris Harman, La Folie du marché, l'Etincelle, Paris, 2000, p.88.
16 Denis Durand, Crise financière : l'analyse de l'économiste Denis Durand, l'Humanité du 10/02/2008
17 Lucien Degoy, Les dégâts d’une logique spéculative, entretien avec Dominique Plihon, l'Humanité du 16 juillet 2008.
18 Chris Harman, La Folie du marché, l'Etincelle, Paris, 2000, p.89.















